Ces trois habitants de l’agglo de Rouen préparent l’autosuffisance alimentaire de leur ville

Benoît, Stéphane et Franck ont lancé une section locale des Incroyables comestibles à Maromme (Seine-Maritime). Au pied des immeubles ils cultivent des légumes, des fleurs et des plantes aromatiques avec l'aide des habitants.

Benoît, Stéphane et Franck ont lancé une section locale des Incroyables comestibles à Maromme (Seine-Maritime). Au pied des immeubles, ils cultivent des légumes, des fleurs et des plantes aromatiques avec l’aide des habitants. (©MN/76actu)

Rendre leur quartier — et pourquoi pas leur ville — autosuffisants en alimentation : c’est le pari de trois habitants de Maromme (Seine-Maritime). Benoît, Franck et Stéphane ont lancé une section locale d’Incroyables comestibles en janvier 2019. Leur projet a commencé par l’installation d’une parcelle cultivée sur une petite bande de terre au pied des immeubles de la rue de la Clérette. Ils prônent un retour à la terre, au partage et à un mode de vie sain.

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« Revenir au bons sens »

Ces trois hommes vivent dans des tours, mais ont décidé de cultiver chaque mètre carré disponible dans leur univers bitumé. De cette manière, ils espèrent produire de la nourriture à partager pour tous gratuitement. Benoît est père de six fils. Originaire de la campagne, il a décidé de revenir aux fondamentaux, à la terre, après dix ans passés en ville, dont deux à Maromme.

Il connaît « les difficultés vécues par le peuple au quotidien ». Il a donc remis en question son mode de vie. « Derrière tout cela, il y a l’idée de travailler pour devenir autosuffisant, faire des économies et être un homme plus libre. » Il s’est plongé dans les livres, apprend dès qu’il peut sur les plantes, les solutions alternatives de vie et d’agriculture.

Sa vision a rencontré celles de Franck, Marommais depuis 31 ans, et de Stéphane, tous deux associés dans la permaculture depuis quatre ans. Inspirés par certaines figures comme Bill Mollison, Gilbert Cardon, Pierre Rabhi ou encore Joseph Chauffrey, ils ont décidés de se lancer dans ce projet à trois.

« Il y a beaucoup de gens comme nous qui souhaitent revenir vers une consommation responsable, vers le bon sens », résume Benoît. Pour modèle, ils ont choisi Todmorden (Royaume-Uni), où sont nés les Incroyables comestibles en 2008 :

Quand j’ai vu qu’à Todmorden, ville de 15 000 habitants, les gens arrivent à produire 83 % de leurs besoins alimentaires grâce à l’agriculture urbaine… Je me suis dit : « À Maromme, on est 11 000. C’est ça qu’il nous faut. Allez, c’est parti !

« Ce lien social, on en manque cruellement »

Les premiers coups de bêche ont été donnés en octobre 2018, pour un lancement public en janvier. « Sur ce bout de terre, comme sur les pelouses environnantes, c’était un vrai champ de mines, s’amuse Stéphane.  Il y avait des excréments de chien partout. On a transformé cet espace de façon positive. »

Dans les bacs et sous les paillages, ils ont planté entre autres du radis, du chou-fleur, du fenouil, de la pomme de terre, de l’oignon, de l’ail, de l’épinard, des blettes, des fraises, des salades, des plantes aromatiques, mais aussi des fleurs et des plantes sauvages pour structurer le sol et polliniser. « Peu de gens le savent, mais beaucoup de ces plantes sont comestibles, détaille Benoît, qui a appris à se nourrir et à se soigner avec les plantes sauvages. »

Les curieux viennent régulièrement jeter un coup d’œil à la parcelle. Certains ont des petites attentions. « Ils viennent avec un café, nous apportent des graines, remplissent le bac à compost installé sur place », raconte Stéphane. Ce lien social, « on en manque cruellement, souligne Franck. Quand je marche dans la rue, je vois que les gens sont branchés sur des fréquences différentes. » 

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« Construire ensemble pour demain »

Quand tout aura poussé avec l’arrivée du printemps et du soleil, le trois hommes espèrent susciter l’intérêt d’encore plus d’habitants. Selon eux, cette parcelle constitue un bon point d’entrée pour préparer les consciences. Ils souhaiteraient à l’avenir proposer des ateliers, mais aussi réfléchir à l’organisation de l’espace dans leur quartier.

Tout cela, ils pourront en discuter avec les services de la municipalité lors d’une réunion le 26 mars prochain. Ils souhaitent les convaincre du bien-fondé de leur démarche. « Ce qu’on fait rentre dans le cahier des charges de la commune, qui vient de recevoir le prix de l’Arbre et s’implique dans la Cop76 », explique Stéphane.

S’il obtient le feu vert, le collectif entend se débrouiller seul. « Tout ce qu’on fait, c’est avec nos propres moyens, insiste Franck. On ne demande rien à personne. On veut juste construire ensemble pour demain, quelque soit la culture, l’origine ou la religion. »

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