Des traces de pesticides relevées dans l’eau du robinet au Havre : un danger pour les habitants ?

Plusieurs dépassements des normes autorisées en matière de pesticides ont été enregistrés dans l'eau du robinet du Havre, en provenance d'Yport.

Plusieurs dépassements des normes autorisées en matière de pesticides ont été enregistrés dans l’eau du robinet du Havre, en provenance d’Yport. (©Illustration/Adobe Stock)

Au Havre (Seine-Maritime), certains élus s’inquiètent de la présence de pesticides relevée dans l’eau issue du bassin de captage d’Yport, qui alimente pas moins de 90 000 personnes sur l’agglomération. Faut-il pour autant s’inquiéter de la qualité de l’eau du robinet ? Éléments de réponses.

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Deux dépassements ponctuels dans l’eau du robinet

Ce sont en particulier deux dépassements du seuil réglementaire qui ont alerté les écologistes. L’un a été enregistré en décembre 2017, le second en mai 2018.

Tous deux concernent le chlorméquat, une substance provenant de produits phytosanitaires. Des prélèvements allant jusqu’à 0.2 µg/litre, soit deux fois la limite autorisée, ont été enregistrés dans l’eau distribuée.

Depuis 2010, six molécules dont le glyphosate sont régulièrement détectées, même s’il reste difficile de savoir à quel rythme exactement, souligne Alexis Deck, élu EELV à la communauté urbaine.

« Les seuils restent assez bas, mais cela a tout de même fait réagir la préfecture qui a ordonné une évaluation environnementale pour qu’un plan d’action soit mis en place et que cela ne se reproduise pas. »

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Que dit la réglementation en matière de pesticides ?
Lorsqu’un dépassement ponctuel du seuil de pesticides est enregistré dans l’eau distribuée, des mesures préventives doivent être prises par la collectivité. Lorsque deux dépassements sont enregistrés sur une même année, la collectivité doit élaborer un programme d’actions encadré par une procédure de dérogation, comme c’est le cas ici.
D’autres paramètres sont également étudiés lors des contrôles de l’eau de consommation notamment en terme de concentration en nitrates, qui peut présenter certains risques pour les nourrissons et femmes enceintes si elle est trop importante.

Yport, un bassin sensible

En charge des contrôles réglementaires qui ont lieu chaque mois sur la station d’Yport, l’ARS Normandie confirme les dépassements de seuil signalés.

Il s’agit toutefois de normes environnementales européennes assez anciennes qui ne préjugent pas du risque pour le consommateur, rappelle Jérôme Le Bouard, en charge du pôle santé-environnement.

Pour le chlorméquat, le seuil est fixé à 0,2µg/litre alors que le risque acceptable pour le consommateur est fixé à 120 par l’Anse* ». Le risque étant donc considéré comme limité, une dérogation « classique » pour 3 ans a été octroyée pour l’exploitation du bassin d’Yport par la préfecture.

L’ouvrage reste toutefois sensible de par l’importance du nombre de foyer qu’il dessert mais aussi de part sa situation géologique. « Le dispositif de traitement de l’eau est notamment sensible en cas de fortes pluies, après lesquelles des dépassements ponctuels sur d’autres molécules peuvent être enregistrés, précise Jérôme Le Bouard. Des améliorations devront être apportées pour mieux retenir les pesticides. »

Parmi ces améliorations, l’installation de nouveaux filtres à charbon sur la station de filtrage est notamment prévu.

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Sensibiliser les agriculteurs

Et pour parvenir à de meilleurs résultats, tous s’accordent sur un même levier : la sensibilisation des agriculteurs travaillant les terres à proximité des sources et points de captages. « Il faut absolument leur demander de lever le pied sur l’usage des pesticides », réclame Alexis Deck.

Une démarche qu’a engagée la communauté urbaine, en partenariat avec différents acteurs comme la chambre d’agriculture. « Sur la base du volontariat, nous proposons à la fois du conseil individuel sur les pratiques de culture et l’usage de pesticides, mais aussi des aides à l’achat pour qu’ils puissent s’équiper en matériel », présente Christine Morel, vice-présidente en charge du dossier.

Depuis son lancement il y a deux ans, le plan d’actions « a permis de rencontrer 80 exploitants par an. » Le bassin d’Yvetot en compte 341, dont « 65 agriculteurs exploitant 50% de la surface », précise l’élue.

C’est un travail de longue haleine : il faut être conscient que les choses que nous mettons en place porteront des résultats dans plusieurs années. Nous travaillons pour le futur.

Les premiers résultats de ce plan d’actions devraient être présentés dans les prochaines semaines.

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*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, agence publique qui a pour mission d’évaluer les risques sanitaires de façon indépendante.